Bonjour à tous, un article dédié au “projet fou” d’Istanbul, avec pour but informer des projets de nos pays émergents assoiffés par la modernité et l’urbanisation totale de leurs territoires. Ce projet, présenté le mois dernier, prévoit la réalisation d’un nouveau canal à Istanbul et la création de deux nouvelles villes ex nihilo. Voyons en quoi ces projets risquent de répéter les erreurs environnementales et sociales des pays occidentaux, et s’ils sont vraiment durables…
Le projet fou d’Istanbul, un projet national

Présenté à la fin du mois d’avril 2011 par le 1er Ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le projet d’envergure nationale a bénéficié d’une large couverture médiatique, en représentant un enjeu dans les élections de juin 2011. Le “projet fou”, surnommé ainsi par le 1er Ministre lui-même, consiste en la création d’un canal à Istanbul, où existe déjà le détroit du Bosphore faisant la réputation historique et géographique de la ville, séparant à la fois concrètement et symboliquement l’Europe et l’Asie.
Ce projet de création de canal prévoit l’aménagement de l’environnement du canal en une nouvelle ville. Cette ville serait en somme construite afin de désengorger la ville historique d’Istanbul, et éventuellement l’éloigner de la zone sismique à risque. Le projet qui serait réalisé en une dizaine d’année, et ayant d’ores et déjà des investisseurs privés selon M. Erdogan, renforcerait donc la création d’une mégalopole à Istanbul du coté Européen, avec une population qui pourrait atteindre les 40 millions de personnes. Aujourd’hui la ville compte officiellement 15 Millions d’habitants. Le fort exode rural ayant eu lieu depuis les années 60, ne serait donc que favorisé par ce projet.
Il faudra bien sur construire entièrement toutes les infrastructures, puisque les zones à peupler sont aujourd’hui rurales et semi-rurales. Le projet représente donc un enjeu de taille à la fois pour l’économie du pays, l’environnement de la ville, et au niveau sociétal, puisque l’on peut imaginer que le projet créera de l’emploi, mais sera destiné principalement à la nouvelle bourgeoisie du pays émergent. Un enjeu “fou” pour le développement durable!
Vous pourrez voir sur la vidéo qui suit la simulation du projet comprenant le canal et les modélisations des villes construites autour:
Canal Istanbul, la clé de voûte du projet qui risque d’écrouler le système naturel des eaux
Avec ce projet un canal serait donc creusé à plusieurs kilomètre de la ville actuelle d’Istanbul, reliant comme un second Bosphore la Mer Marmara à la Mer Noire. Ceci permettra de gérer différemment le flux de tankers traversant le Bosphore, mais créera également de nouveaux problèmes environnementaux et sociétaux:
- Création de ponts, ajoutant des goulots dans les flux de marchandise et de personne. Les deux ponts actuels sur le Bosphore sont déjà trop fréquentés et posent de réels problèmes à la population
- Création d’un nouveau flux hydraulique: le canal créera inévitablement un nouveau flux d’eau entre la Mer Noire et la Mer Marmara. Ce que relèvent des scientifiques turcs étudiant déjà la question, c’est l’appauvrissement du débit d’eau dans le Bosphore qui risque d’engendrer d’importants problèmes techniques dans l’assainissement des eaux usées. Je pense également que la faune et la flore sous-marine ne pourra qu’être impactée par ce canal. En effet, les courants saisonniers permettent à certaines espèces de poissons par exemple de passer d’une mer à l’autre, et profiter des températures plus chaudes ou plus froides. Les eaux peu traitées par les stations d’épuration, rejetées en mer, peuvent aujourd’hui compter également sur ce courant pour diluer les concentrations bactériologiques. Cela risque de se finir avec le canal…et nécessitera donc de nouvelles stations d’épuration plus performantes, et plus chères, ou créera des problèmes sanitaires!
- Création d’une nouvelle ville sur des terres agricoles: cela risque donc de concentrer les besoins en énergie, en eau, en gestion de déchets, sans pouvoir dès aujourd’hui gérer cette concentration d’individus…
Le système naturel risque donc d’être fortement par ce projet fou, notamment au niveau des eaux. Triste sort pour la ville d’Istanbul qui a accueilli en 2009 le Forum Mondial de l’eau, permettant le partage des savoirs et des expériences dans le domaine de l’eau et l’hydraulique…
Le modèle urbain comme référence du développement
A noter que le projet est présenté au moment où plus de la moité de la population mondiale est devenue urbaine (information livrée au mois de mai), ce qui semble donner le mode urbain comme un modèle de développement. Un développement durable? La question est à poser. Posons-la!
Le modèle urbain, malgré sa généralisation, ne semble pas apporter une solution complète à nos problèmes sociétaux, et a même tendance à les accentuer. Le développement urbain ne semble pas pleinement profiter de l’occasion donnée par l’avènement des technologies numériques, reliant à distance le monde entier.
L’environnement comme un facteur de second plan
Depuis le début, le projet est présenté comme la solution à tous les maux du pays, mais ne traite aucunement du respect de l’environnement et des populations, tant dans la réalisation du projet, que dans l’apport réalisé pour les générations futures. L’environnement est donc vraiment un facteur de second plan dans ce projet porté par l’Etat lui-même, donnant la direction générale prise par le pays.
Ceci pose réellement la question de la prise en compte du développement durable dans les pays émergents du 21e siècle. N’ont-ils pas suffisamment conscience du problème environnemental ? Les pays occidentaux ne sont-ils que des modèles idéaux à copier, sans améliorer les projets et éviter les erreurs du passé? Les pays émergents doivent-ils être accompagnés dans leur démarche environnementale?
Dans le cas d’Istanbul, le projet semble également ignorer tous les problèmes de concentration que cela ajoutera en termes d’énergie, d’apport en eau, de gestion de déchets, etc.
Ce qui est sur, c’est que ces pays, où les investissements affluent en grande quantité de nos jours, ont réellement envie de voir les projets en grand. C’est le cas en Chine, en Turquie, en Inde, au Brésil, et les autres pays qui émergent.
Des pays emergents assoiffés par les grands projets
Ces pays émergents semblent aujourd’hui réellement guidés par l’envie de réaliser de grands projets, peut-etre par envie d’égaler les pays développés, voire même de les dépasser rapidement. Dans le cas de la Turquie, cela serait un bon moyen de montrer que le vieux continent européen a raté le train du développement du nouveau millénaire en refusant son voisin à la porte de l’Union Européenne.
Les grands projets sont-ils réellement une solution durable au développement de nos pays et des émergents? Malgré les innovations apportées, nous devons penser le réel apport en matière d’environnement et en aspect sociétal. Apporter aux populations
Les projets fous doivent exister grâce à l’innovation durable
Nous avons vu le projet fou du gouvernement turc pour son pays, ou plutôt pour sa capitale économique, métropole mondialement reconnue. Fortement critiquée à la fois par le camp politique, dénonçant une fuite en avant avec un projet de facilité (en réglant un problème d’infrastructure plutot que le problème sociétal), mais aussi par les environnementalistes, qui défendent le respect de l’environnement et de la région riche en histoire. C’est donc un projet fou à la fois politique et urbain. Mais il y a également d’autres projets fous en France. Le Grand Paris en est-il un?
En tout cas, nous avons un projet fou sur Econov’. Le projet fou d’Econov’, c’est l’information pour l’innovation durable, avec de nouveaux contributeurs écrivant sur la plateforme afin d’apporter une richesse de contenu et des analyses toujours plus pointues sur le développement durable et les thèmes qui s’y rapportent. Rejoignez-nous, faites passer le mot, et suivez-nous, notamment avec la newsletter!
Plus d’informations sur le projet (en français):
http://istanbul.blog.lemonde.fr/2011/04/29/un-second-bosphore-pour-istanbul/










