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Ouvrons le débat sur la gestion de l’eau, une fontaine à idées (partie 2)

Posté par Alexandre Goncukliyan Le 5 septembre 2011 à 10h26 0 Commentaire

Reprenons notre réflexion sur le débat autour de la gestion de l’eau en France. Après notre bilan de la semaine dernière (voir article ici), voyons aujourd’hui quelles sont les solutions et les idées pour ouvrir et élargir le débat. Rangeons le canon à eau, ouvrons la fontaine à idées!

Top debat eau Ouvrons le débat sur la gestion de leau, une fontaine à idées (partie 2)

Les points à discuter ouvertement

Le débat doit aujourd’hui s’ouvrir autour d’une discussion, des discussions plus exactement. Voici les sujets qui doivent construire le débat.

Des leaders français privés ayant l’expertise de la gestion de l’eau

L’expertise des groupes français en matière d’ingénierie de l’eau est incontestable. Les entreprises sont des leaders mondiaux et développent chaque jour des procédés plus performants pour l’assainissement et la gestion des réseaux sur le long terme.

Veolia, Suez Environnement, Saur et de nombreux sous-traitants sont leaders mondiaux dans la gestion technique de l’eau, aussi bien dans la potabilisation, la distribution, et l’assainissement. Ces acteurs sont reconnus mondialement pour leur qualité d’ingénierie.

Bien d’autres entreprises françaises sont des spécialistes techniques de la production d’eau potable, l’assainissement, et l’entretien des systèmes de distribution.

Il reste à définir le rôle technique des entreprises dans la gestion de l’eau : des référents qui seraient des conseils pour les collectivités, des exécutants de travaux ? La question doit être débattue.

La gouvernance de l’eau

Les responsabilités inhérentes à la gestion de l’eau impliquent de maitriser toute la gouvernance de l’eau. C’est un point très flou aujourd’hui dans la gestion de l’eau, tant dans la production d’eau potable, la distribution, que l’assainissement des eaux usées.

Actuellement, il existe de nombreux cas où les entreprises assurent la gestion complète de l’eau, maitrise d’œuvre et maitrise d’ouvrage comprises. Cette situation empêche tout simplement la remise en question technique et financière des projets.

La question doit se poser principalement autour de la gouvernance de l’eau. Aujourd’hui, les rôles de chacun ne paraissent pas clairs: qui dispose des compétences en termes de Maîtrise d’ouvrage, de Maitrise d’œuvre, c’est-à-dire qui est responsable de la qualité du service et de la maitrise du prix de l’eau. Cette question est posée aujourd’hui par le domaine privé lui-même, avec Isabelle Kocher, Directrice Générale de La Lyonnaise des Eaux : quels sont les rôles à distribuer dans la gestion de l’eau ? Quelles limites fixer entre le public et le privé ? Toutefois le sujet ne semble pas débattu et discuté en profondeur.

Répartir les rôles du privé et du public de manière saine et claire

Comment répartir les rôles dans la gestion de l’eau ? De manière claire et limpide devrait-on dire! L’expérience montre que la répartition actuelle des responsabilités dans la gestion de l’eau n’est pas clairement définie dans les collectivités. Des entreprises qui réalisent l’ensemble des choix techniques et économiques pour les villes, d’autres chargées uniquement de la distribution de l’eau, de l’assainissement, de l’entretien des réseaux, les missions ne sont pas clairement définies selon les villes.

Chacun a probablement un rôle à jouer et des compétences spécifiques : gestion technique, gestion économique, gestion des services, etc. Discutons du rôle de chacun et construisons les ponts.

Recréer le lien avec les usagers

L’eau étant un bien public, l’ensemble de la population devrait donc se sentir concerné par la gestion de l’eau et son avenir. Chacun a son mot à dire sur la question, par la voix des urnes ou par l’engagement associatif.  Etre acteur de la décision sur la gestion de l’eau pourrait responsabiliser les usagers sur les économies d’eau et le prix à payer pour une eau de qualité.

Ce point semble avoir été compris par Eau de Paris, qui a renoué avec son public depuis la gestion en régie des eaux de la Capitale en 2010. Campagnes de communication et actions menées auprès des usagers permettent d’inclure la population dans la gestion des eaux.

Le contact avec les usagers semble passer par l’accès à l’information pour tous et de manière complète. Les moyens sont donc à mettre en œuvre par les collectivités et entreprises afin de partager les informations liées à l’exploitation des ressources en eau.

Un débat Européen

La question de la gestion de l’eau se pose dans plusieurs pays au niveau européen. Des travaux de recherche réalisés à l’UNESCO mettent en évidence plusieurs cas de figures remis en question en Europe. Du modèle totalement privatisé en Angleterre, au modèle de gestion 100% public italien, espagnol ou français (dans certaines collectivités), en passant par le modèle de gestion publique déléguée en Ecosse et aux Pays-Bas. Les questions se posent autour de la fixation du prix de l’eau, l’accès à l’information et de la qualité de service.

Les expériences européennes sont donc également à prendre en compte afin de trouver un modèle d’avenir pour la gestion de l’eau en France. Profiter des retours d’expérience, discuter, débattre, tel est le besoin ressenti aujourd’hui tant par le monde public que privé. Sortons des flots de critiques non constructives, et bâtissons des ponts pour une gestion durable de l’eau.

Vous aussi, demandez le droit d’en discuter ouvertement avec tous les acteurs, qu’ils soient publics, privés, associations, ou autres, afin que la question démocratique de la gestion de l’eau soit réglée. Laissons l’ingénierie aux experts, la gestion aux gestionnaires, et préservons le droit à l’eau pour tous dans des conditions durables.

Retrouvez notre premier article sur le Débat autour de la gestion de l’eau: http://www.econov.eu/2011/ouvrons-debat-gestion-eau-point-reflexion-public-prive-veolia-suez-saur-partie-1/

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Categories: Eau et Assainissement
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Ouvrons le débat sur la gestion de l’eau, faire un point (partie 1)

Posté par Alexandre Goncukliyan Le 22 août 2011 à 10h26 4 Commentaires

Bonjour,

Vous rentrez peut-être de vacances bien arides, ou bien arrosées, mais vous n’êtes sans savoir que l’été Français a été jusque-là un été pluvieux…alors que le printemps laissait craindre une longue sécheresse!  De quoi peut-être nous faire réaliser que l’eau est une denrée précieuse et fragile, puisque d’elle dépend notre survie. Du côté de la gestion de l’eau, l’actualité a également été mouvementée, avec des renégociations spectaculaires de contrats, et notre interview réalisée auprès d’Eau de Paris (retrouvez ici l’article).

Top debat eau Ouvrons le débat sur la gestion de leau, faire un point (partie 1)

J’ai souhaité mener une réflexion sur le sujet de la gestion de l’eau, qu’elle soit publique ou privée, en prenant en compte l’aspect technique, l’aspect économique et l’aspect politique. Je vous livre une synthèse en deux volets, avec un premier volet consacré aujourd’hui au bilan français de la gestion de l’eau.

L’accès à l’eau est aujourd’hui mondialement considéré comme un droit, mais nous savons que les ressources en eau potable risquent de diminuer sur la planète entière. Dans les pays occidentaux, où l’accès à l’eau semble assuré pour tous, la période de « l’eau facile » touche également sa fin. En France, les prix de plus en plus élevés ont créé des mécontentements et les voix s’élèvent pour revoir le modèle de gestion de l’eau en France. Public ou privé ? Le débat existe, mais peine à faire émerger de nouvelles idées… Parlons-en !

L’eau, un bien public

L’eau est reconnue par tous comme un bien public. Au sens du droit mondial, l’accès à l’eau est reconnu comme un droit essentiel. Ce bien public doit donc être partagé avec toute la population pour servir les différents besoins de la société : alimentation, agriculture, industrie, hygiène, etc. Les services liés à un bien public devraient donc profiter à tous et à un prix acceptable, avec une priorité donnée à la qualité plutôt qu’à la rentabilité.

Or le prix de la gestion de l’eau par les entreprises privées est aujourd’hui remis en cause, car vu comme une rente financière confortable, sans vision sur le long terme au niveau de l’exploitation et la qualité de service. La gestion de ce bien public est donc remise en cause, en opposant les gestionnaires privés et les gestionnaires publics.

De scandales en débats

Les faits sont désormais nombreux dans le domaine de l’eau en France, notamment autour de sa gestion et de sa gouvernance. Plusieurs scandales ont vu le jour, et de nombreuses questions se posent. A Grenoble par exemple, c’est la corruption qui a couté le poste au Maire de la Ville (Alain Carignon) en 1995, où la gestion de l’eau avait été entièrement privatisée. Historiquement, c’est le premier cas en France dans les années 1990. En quelques mois, la ville est passée du système privé à un système mixte puis à une régie publique totale à partir du 1er janvier 2000. Cela demeure le symbole d’une résistance à la fois de quelques élus et associations d’usagers et des environnementalistes. D’après la Fondation France Libertés, “le cas de Grenoble n’a cependant pas suffit à engendrer un mouvement d’envergure nationale, bien que quelques autres cas de remunicipalisation sont à noter entre 1995 et 2003″.

A Paris également, nous avons vu il y a quelques semaines avec Mathieu Souquière que l’histoire de la remunicipalisation de la gestion de l’eau a été mouvementée (retrouvez ici l’article), et nous savons tous que la gestion en Ile-de-France fait débat autour du SEDIF. La gestion de Veolia est reconduite sans véritable renégociation, ce qui met les associations en rage…

C’est donc l’absence de discussion et le peu d’information qui créent ce malaise au sein de la gouvernance de l’eau. La gestion de l’eau et ses débats sont bien trop souvent politisés et deviennent des critères d’appartenance à la Gauche ou à la Droite…

A quand le vrai débat démocratique de l’eau…?

De timides initiatives de débat

Plusieurs initiatives ont été lancées afin de créer un échange de point de vue entre les « pro-public » et « pro-privé ». Le processus des « Idées neuves sur l’eau », lancé par la Lyonnaise des Eaux (Suez Environnement), a ainsi permis aux internautes, aux experts de l’entreprise et aux élus français, d’échanger sur l’avenir de la gestion de l’eau en France.

Ces initiatives, souvent taxées de partialité, restent timides, puisqu’elles ne permettent pas de remettre en cause entièrement le modèle actuel, ni de proposer des solutions concrètes en matière de gouvernance et d’améliorations techniques.

Sortir des débats passionnés, entrer dans le débat constructif

Le débat autour de la gestion publique ou privée de l’eau en France existe, mais se présentent principalement sous la forme d’affrontements entre militants « pro-public » et entreprises privées. Les entreprises privées défendent le modèle de gestion privée des eaux, aussi bien pour la production d’eau potable, sa distribution, et pour son assainissement. Les militants pour la gestion publique de l’eau défendent le fait qu’un service public doit être géré en régie par les collectivités, afin d’éviter la recherche de rentabilité, l’augmentation des prix pour les consommateurs, et une amélioration durable de la qualité de l’eau.

Bras de fer dans les renégociations de contrats, discussions dans les collectivités, les débats actuels sont toujours passionnés et effacent les réels enjeux dans la séparation entre les rôles du privé et du public.

Citons par exemple le cas de l’Ile de France, où il existe une forte contestation de la gauche, et un passage en force de la prolongation du contrat du SEDIF avec VEOLIA EAU, sans discussions préalables dans la décision avec les élus de la région ou encore les usagers.

Voici les faits, et un très rapide bilan de la situation autour du débat sur la gestion de l’eau en France. Voyons dans un second volet quelles sont les idées et réflexions à mener pour un débat plus ouvert et efficace…

Lien vers le volet No2 : à venir

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Categories: Eau et Assainissement

Bonjour,

Vous n’êtes pas sans savoir que le cadre réglementaire a été défini ces dernières semaines par l’Assemblée Nationale, au termes d’échanges houleux entre les différents acteurs du domaine et les parties prenantes. Les raisons de ce débat rejoignent celles qui motivent le débat sur le nucléaire, à savoir la nécessité d’assurer la sécurité sanitaire des populations dans la production d’énergie. La polémique est lancée en France depuis plusieurs mois autour d’un projet de loi contesté.

Top GazSchiste Gaz de schiste, de la polémique explosive pour lavenir de lénergie et des enjeux de santé

Gaz de schiste, définition et principe

Le gaz de schiste est une forme de gaz naturel extraite à partir de terrains schisteux. La différence est que ce gaz est emprisonné dans les roches souterraines, et cela pousse les industriels à développer des techniques d’extraction spécifiques et contestables: en effet, il faut récupérer le gaz emprisonné dans la roche. Le procédé consiste en l’injection d’un mélange d’eau afin de mettre les roches sous pression, et les fracturer. Puis le gaz libéré par ces roches est récupéré! Apparemment très technique et très fort, mais l’eau injectée contient de plus en plus d’additifs, et ces eaux finissent par atteindre les nappes phréatiques exploitées pour apporter l’eau potable chez les particuliers. Cette eau contamine donc les eaux résidentielles!

Les réserves de gaz de schiste sont très présentes dans le monde entier, et intéressent particulièrement l’Amérique du Nord et la France. Selon un étude américaine, l’exploitation de ces gaz permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des pays proposant du gaz conventionnel tels que la Russie ou l’Iran. De plus elle est annoncée comme réducteur des émissions de CO2, puisque le gaz est plus propre que le charbon sur le point du carbone.

100901schiste forage horizontal 8 300x168 Gaz de schiste, de la polémique explosive pour lavenir de lénergie et des enjeux de santé

Des risques sanitaires et un débat engagé

Ce qui fait débat, c’est l’exploitation de ces gaz sans regard sur les risques sanitaires pesant sur la population, malgré les preuves avérées dans les exploitations existantes.

Les arguments pour les gaz de schistes

Voici les arguments mis en avant en faveur de l’exploitation des gaz schisteux:

  • Réduire la dépendance vis-à-vis des producteurs traditionnels de gaz (Russie, Iran, Qatar, etc.),
  • Réduire les émissions de CO2,
  • Créer des emplois pour exploiter les sites,
  • Risque faible de non-rentabilité dans l’exploitation  une fois la ressource trouvée.

Les arguments contre les gaz de schistes, et les preuves…

Les arguments contre les gaz de schistes existent, et viennent en réponse aux arguments schisteux:

  • Les gaz de schistes ne créent pas ou peu d’emplois locaux, car la technicité demandent d’avoir du personnel très formé. De plus, certains avancent que les emlois sont supprimés dans la mesure où les activités existantes dans la région disparaissent s’il y a une contamination du sol,
  • Le gaz de schistes emet moins de CO2, mais il faut noter que le taux de récupération de ces gaz est de 20 à 40%, ce qui donne un rendement final pour cette énergie assez faible… De plus le gaz non récupéré est dégagé dans l’atmosphère,
  • Le principe de précaution doit être aujourd’hui appliqué puisque les exploitations existantes montrent la contamination des réserves en eau, déjà rares,
  • Les gaz de schistes retardent le développement des énergies alternatives (solaires, éoliennes, autres).

Des gaz, et des huiles…

L’exploitation des roches de schistes ne s’arrêtent pas au gaz, mais se poursuivent également pour le pétrole. Pour extraire le pétrole emprisonné dans la roche, des moyens similaires sont mis en oeuvre et donnent les mêmes résultats sanitaires…

Des mauvaises expériences en Amérique du Nord

L’Amérique du Nord est le chef de file dans le développement et la production de gaz de schiste. Au Canada également, les gaz de  schistes sont exploités, mais les retours d’expériences catastrophiques en termes sanitaires mettent aujourd’hui un terme à ce développement!

Plusieurs puits d’eau ont été contaminés par l’exploitation des gaz de schistes, ce qui a pour conséquence de contaminer tous les réseaux d’eaux des villes alentours, et rendre l’eau tout simplement non potable.

La loi votée en France

En France, plusieurs installations d’exploitation de gaz de schiste étaient en cours de lancement, notamment en Seine et Marne où les ressources sont grandes. Face à la forte opposition des associations, ONG et députés, une loi a été préparée et votée pour encadrer l’exploitation des gaz de schiste. Le bras de fer a été long jusqu’au vote, mais ne risque pas de se terminer, tellement les intérêts divergent.

La loi votée par l’ UMP, permet tout simplement l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique et l’abrogation des permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique.. Or cela laisse la possibilité d’exploiter les gaz de schistes de manières différentes: c’est que la gauche dénonce. L’exploration et l’exploitation des gaz et huiles de schiste reste donc encore possible.

L’affaire est à suivre, puisque les députés PS vont saisir le Conseil constitutionnel sur la proposition de loi UMP.

Des entreprises prêtes à s’engager dans l’exploitation et une forte opposition populaire au nom du principe de précaution

non gaz de schiste 300x199 Gaz de schiste, de la polémique explosive pour lavenir de lénergie et des enjeux de santé

Certes, il est dommage de devoir modifier une réglementation alors que les entreprises s’engagent et investissent pour exploiter ces gaz. Mais il est incroyable de ne pas penser et étudier à l’avance l’impact environnemental et sanitaire de nos projets énergétiques. Nous ne pouvons sacrifier l’eau pour l’énergie. C’est pourquoi la population s’y oppose, puisqu’il faut appliquer un principe de précaution, les risques sanitaires étant élevés. Toutefois, on remarque (et regrette) une absence des gens dans le débat, sous prétexte que cela traite d’un domaine technique. La technique sait être simple quand il s’agit de préserver l’environnement et la santé. Participez au débat !

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Voici une première sur Econov’,

Afin de vous apporter de nouveaux services, nous vous proposerons désormais des portraits et interviews exclusives de personnes agissant au quotidien dans le domaine du développement durable.

Nous commençons avec un sujet qui se prête facilement au débat: la gestion de l’eau en France. Nous avons souhaité recueillir des informations afin de permettre des analyse objective. S’il y a débat, ouvrons-le avec des éléments issus du terrain.

Aujourd’hui, nous avons interviewé Monsieur Mathieu Souquière, Directeur de la stratégie, des relations institutionnelles et de la communication chez Eau de Paris. Eau de Paris est la société publique qui a repris la gestion de l’eau depuis 2010. Portrait, histoire d’un transfert de gestion, et perspectives dans la gouvernance de l’eau…

Top EauParis Eau de Paris, histoire dune gestion publique, linterview de Mathieu Souquière, Directeur de la stratégie et de la communication

Rédaction Econov : Bonjour Monsieur Souquière, pourriez-vous nous en dire plus sur vous?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Bonjour, pour ma part, je suis Directeur de la stratégie, des relations institutionnelles et de la communication chez Eau de Paris depuis Janvier 2011. Auparavant en poste à la Mairie de Paris, j’ai participé au pilotage politique de la création d’Eau de Paris à partir de 2008, ce qui m’a amené à traiter de la gestion de l’eau à Paris.

Rédaction Econov : Pourriez-vous nous présenter en bref Eau de Paris?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Eau de Paris est l’entreprise publique en charge de la gestion de l’eau potable à Paris. L’entreprise, publique à 100%, fonctionne en régie autonome avec 900 agents. Elle est issue de la fusion de 4 entités à la suite de la reprise en gestion publique par la collectivité parisienne de la production et de la distribution de l’eau en 2010.

Rédaction Econov : Qu’en est-il justement de l’historique de la création d’Eau de Paris?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : L’histoire d’Eau de Paris est riche et complexe. Avant 1985, la gestion des eaux de Paris se faisait en régie. Dès 1985, une Societé d’Economie Mixte a été créée, la SAGEP, en charge de la production et du contrôle de l’eau. Deux entreprises privées, Veolia et Suez, étaient en charge de la distribution de l’eau dans la Capitale. Il n’y avait alors qu’un cadre contractuel léger pour ces délégations de service public, sans objectifs précis, ni moyens de contrôle adaptés.

La situation parisienne illustrait assez bien les dérives dénoncées, en 2003, par un rapport de la Cour des comptes consacré aux services d’eau et d’assainissement :

  • perte de la maitrise technique par la collectivité ;
  • opacité des comptes de délégation ;
  • rentes de situation confortables pour les gestionnaires privés ;

Ceci a lancé un bras de fer avec les entreprises privées avec les actions suivantes:

  • demande de dépenser les provisions pour travaux de renouvellement du réseau
  • rachat des parts privées de la SEM par la ville
  • commande d’études dès 2006 pour étudier les évolutions possibles dans la gestion

La décision est prise fin 2007 par Bertrand Delanoë de reprendre la gestion de l’eau en régie, ce qui a lancé un long processus de transition jusqu’au 31 Décembre 2009.

Rédaction Econov : Quelle fut alors la réaction des Grands groupes?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Elles ont alors pensé au bluff! Mais la décision a été poursuivie par les actes.

Rédaction Econov : La fusion des entités en une entité publique est-elle aujourd’hui une réalité?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Eau de Paris est donc née de la fusion de 4 entités, publiques et privés: la Société d’Economie Mixte, la filiale locale de Suez Environnement, celle de Veolia, et le laboratoire départemental d’analyse. Le passage à une entité unique publique a nécessité de nombreux aménagements, au niveau administratif et comptable, afin de l’adapter à la gestion publique.

Au 1er Janvier 2010, la fusion a été réalisée. Aujourd’hui en 2011, des difficultés organisationnelles persistent, née de la double difficulté d’opérer la fusion et le passage de la comptabilité privée à la comptabilité publique. La stabilisation de l’entreprise prendra encore un peu de temps.

Rédaction Econov : Quels ont été les effets du passage en gestion publique des eaux à Paris?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Au niveau local, l’impact a surtout été organisationnel et économique. L’entité fusionnée, est passée de 950 à 900 personnes, devenus tous agents de l’Etat.

L’affaire a de plus suscité l’intérêt d’autres villes françaises, aussi bien gouvernées par la droite que la gauche. L’absence de concurrence entre Suez et Veolia a été rééquilibrée par des discussions sur les passages en régie. Certaines villes ont pu ainsi rénegocier leurs contrats de manière très avantageuse en termes tarifaires. Toutefois des baisses de prix excessives risquent de réduire la qualité de service.

En Ile de France, le SEDIF a renégocié son contrat dans l’urgence, avec une baisse de 15% du prix de l’eau. Ce prix, à 1,4€, reste toutefois supérieur au prix parisien de 1€.

Le débat suscité est alors devenu international. Paris, capitale française, a attiré les questions du monde entier.

Rédaction Econov : Quelles sont les améliorations apportées par Eau de Paris depuis sa création?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : La gestion du patrimoine a été repensée sur le long terme, avec des investissements sur le réseau, dont l’amortissement se fait sur 100 ans. La présence d’un seul opérateur public a permis d’ouvrir les comptes financiers, et de proposer grâce à cette transparence une baisse de 8% du tarif de l’eau.

Une campagne de communication a été menée afin de renouer le lien avec les usagers. Plusieurs concertations ont été menées, un observatoire de l’eau créé, et l’eau du robinet est largement promue. Sur ce point, nos interets convergent avec Suez et Veolia pour se défendre face aux attaques des minéraliers.

De plus, Eau de Paris fait campagne pour inciter les usagers à ne pas gaspiller l’eau.

Rédaction Econov : La gestion publique de l’eau est-elle plus durable et respectueuse de l’environnement?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Une entreprise publique ne possède pas d’intérêt financier dans la gestion de l’eau. Elle se doit d’agir uniquement pour apporter le meilleur service public, et investir pour un meilleur rendement du cycle de l’eau. Ceci présente plusieurs intérêts: les économies pour les consommateurs, mais aussi la préservation des ressources naturelles. Principalement, la préservation de la ressource en eau dans la région Ile-de-France permet de protéger l’environnement des franciliens.

Egalement, Eau de Paris dispose d’un objectif d’exemplarité sociale, pour aller plus loin dans le développement durable avec les moyens d’une grande entreprise publique. A ce titre une harmonisation sociale a pu avoir lieu en 2009 afin que l’ensemble du personnel, issu des différentes entités, puisse bénéficier des mêmes conditions.

Rédaction Econov’ : Quels sont les enjeux actuels pour Eau de Paris?

Mathieu Souquière, Eau de Paris :

C’est un fait sociétal, la consommation d’eau baisse d’environ 2% par an. Ceci représente 4 Millions d’euros en moins chaque année dans les caisses de l’entreprise.

Au niveau naturel, Eau de Paris dispose de 50% de ressources souterraines, et de 50% de ces ressources issues de la la Seine et de la Marne.

De nombreuses questions environnementales se posent. Globalement, la qualité de l’eau diminue à cause des pollutions environnementales, et pose de nouveaux enjeux de traitement.

Rédaction Econov : Que pensez-vous du débat autour de la gestion publique/privée de l’eau en France?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : Le débat actuel qui porte remise en cause de l’école française ou du modèle français de la gestion déléguée trouve ses racines dans les excès que le système a lui-même produit. Pendant des décennies, deux ou trois groupes ont totalement contrôlé le marché en se partageant territoires et contrats. Le balancier est aujourd’hui totalement inversé, l’excès de concurrence ayant remplacé l’absence de concurrence entre ces entreprises. Ainsi les renégociations de contrats donnent-elle aujourd’hui lieu à des baisses tarifaires énormes, qui constituent comme un aveu a posteriori des rentes antérieurement constituées et qui, parfois, menacent même l’équilibre économique des services à long terme.

Nous prétendons, à travers l’expérience parisienne, que la gestion totalement publique peut offrir un contre-modèle pertinent, en termes de valeurs et de performances.

Rédaction Econov : Comment jugeriez-vous le processus lancé par La lyonnaise des Eaux avec les Idées neuves sur l’eau?

Mathieu Souquière, Eau de Paris : C’est une initiative intelligente et utile, même si elle n’est sans doute pas dénuée d’arrière-pensées, leur permettant de communiquer avec les collectivités, ainsi que les particuliers. D’ailleurs, Eau de Paris, malgré les évenements, a été invité à participer aux échanges.

Rédaction Econov : Monsieur Souquière, merci pour vos réponses. Nous y voyons désormais plus clair sur l’exemple parisien de la gestion publique de l’eau. N’hésitez pas à nous tenir informé sur vos avancées, à bientôt sur Econov.eu !

Nous ne manquerons pas de vous donner des informations sur ce qui se passe chez Eau de Paris!

Rappel du processus des idées neuves sur l’eau:

http://www.econov.eu/2011/idees-neuves-sur-leau-les-trophees-de-linnovation-et-la-fin-dun-cycle/

http://www.econov.eu/2011/gestion-idees-neuves-sur-eau-question-expert/

http://www.econov.eu/2010/idees-neuves-sur-leau-le-journal-suez-environnement-cite-econov-eu/

http://www.econov.eu/2010/retrouvez-linterview-dalexandre-goncukliyan-pour-econov-sur-idees-neuves-sur-leau/

En lien avec Eau de Paris:

http://www.econov.eu/2010/leau-de-paris-une-bouteille-a-chacun-pour-un-bien-commun/

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J’étais la semaine dernière invité à la remise des trophées idées neuves sur l’eau, avec la présence exclusive d’Isabelle Kocher, DG de la Lyonnaise des Eaux, Luc Ferry, philosophe et ancien ministre, Erik Orsenna, académicien et écrivain. Ces trophées avaient pour but de récompenser les meilleures idées postées sur le forum internet depuis un an. Une année de débat sur l’eau organisé par Suez Environnement a-t-elle permis d’avancer sur le modèle de la gestion de l’eau en France?

Logo INSLE 19 mars 300x300 Idées neuves sur leau   Les trophées de linnovation et la fin dun cycle

Les trophées Idées Neuves sur l’Eau

Organisés la semaine dernière en présence d’invités de marque et des participants au débat d’idées, la Lyonnaise des Eaux a récompensé les meilleures idées postées sur le site des Idées neuves sur l’eau , telle que l’idée la plus verte, sociale, ou encore la plus poétique.

Les personnes récompensées, issues de milieux hétérogènes, étaient aussi bien des étudiants, des professionnels, des retraités. Ils ont chacun posté une idée sur le site qui a été jugée viable et à approfondir par le groupe Suez. Chaque idée récompensée a été commentée par un expert de la Lyonnaise des eaux, et un trophée remis sous forme d’une carafe d’eau: décidément, il fait bon boire de l’eau du robinet, qu’elle soit publique ou privée! C’est l’occasion de favoriser l’innovation et de pousser les gens à proposer des idées pour mieux gérer leur eau.

Le débat de la gestion publique ou privée

Erik Orsenna, figure du débat des idées neuves sur l’eau, a pu nous éclairer à travers ses différentes interventions sur la situation de la gestion de l’eau dans le monde et en France, et a pu nous donner quelques idées tout en amenant poésie et culture pour la préservation de nos ressources en eau.

Egalement, la présence du penseur et ancien Ministre Luc Ferry a amener les acteurs à traiter du débat de la gestion de l’eau, en tant que bien public ou privé. Autour d’Isabelle Kocher, pour le développement de la gestion privée des eaux par sa position, ils ont pu donner les éléments à prendre en compte avant de pouvoir se décider à soutenir l’une ou l’autre des thèses. Ainsi, pour Luc Ferry, la solution viendra principalement de l’innovation scientifique, qui permettrait de subvenir aux besoins de la démographie croissante, tout en respectant l’environnement. Ceci serait donc valable pour l’eau, où il faudrait innover avec le savoir-faire des entreprises pour trouver des solutions durables.

erik orsenna1 300x225 Idées neuves sur leau   Les trophées de linnovation et la fin dun cycle

La fin d’un premier cycle de débat

La remise des trophées a donc marqué la fin d’une année d’échanges et débat sur la gestion de l’eau en France. Ce premier cycle d’information et d’idées, a permis d’ouvrir un débat, de faire connaissance avec les personnes intéressés par le sujet, les experts en eau. Il faudra donc maintenant poursuivre et concrétiser ces idées en actes. Ceci ne se ferait pas uniquement avec la recherche et le développement de nouvelles solutions par Suez, qui seul, risquerait de s’enfermer, et apporter des solutions qui ne seraient pas perçues comme légitimes! Cette ouverture doit être continue jusqu’à la mise en oeuvre des solutions. Échangeons, débattons !

Le débat sur la gestion publique des eaux est donc présent, aussi bien du coté public, dans les collectivités et les associations d’opposition à la gestion privée. Il reste donc à amorcer de réels échanges, où chaque acteur peut discuter ouvertement. Ouvrons ce débat, discutons des tarifs, des qualités de réseaux, des qualités de service, des acteurs nécessaires au marché, du respect de l’environnement et de la ressource en eau ! Econov’ apportera constamment son soutien au débat et y participera en apportant idées et interviews exclusives des acteurs de la gestion de l’eau.

A bientôt pour  le débat sur l’eau !

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