“Science sans conscience n’est que ruine de l’âme” nous disait Rabelais, mais les centrales nucléaires gargantuesques auraient-elles oublié ce principe ? Plusieurs mois après un nouvel incident nucléaire majeur, le modèle énergétique mondial semble pouvoir être remis en cause. La catastrophe du Japon a réellement l’effet d’une vague, d’un tsunami dans les milieux professionnels et dans les opinions publiques. Une fois la réflexion engagée, nous abordons des sujets qui sont contradictoires, notamment les émissions de CO2 issues des énergies, et les risques nucléaires, alors que l’énergie d’origine nucléaire n’émet que peu de CO2.
Egalement, les évènements politiques mondiaux risquent de façonner le marché mondial de l’énergie, et d’imposer des directions technologiques par des décisions politiques. Voici venu le temps de mener cette réflexion sur Econov’, et vous livrer des éléments objectifs.
Un sondage vient de nous livrer que 6 Français sur 10 souhaitent sortir du nucléaire ! (IFOP) Comment ignorer le débat ?

Un incident nucléaire risquant d’être une bombe à retardement
La catastrophe nucléaire de Fukushima ne se limitera pas à un banal incident, c’est une certitude aujourd’hui : le réacteur No 3 aurait complètement fondu, ses voisins sont également endommagés. Les systèmes de refroidissement partiellement rétablis, semblent permettre d’éviter que la situation empire. Mais il est certain que la centrale devra être totalement mise en sécurité et recouverte d’un sarcophage limitant les émissions radioactives.
Le risque est loin d’etre levé concernant la santé dans la région, au délà du rayon de 20 km de sécurité. Il y a bien un risque de “bombe à retardement”, si les précautions ne sont pas prises au niveau mondial. Pour l’heure, c’est le moment au Japon de régler les comptes avec la société TEPCO…
Rappels sur l’évenement de Fukushima:
Un débat qui émerge et remet en cause le modèle énergétique mondial
La catastrophe nucléaire de Fukushima aura peut-être l’effet d’un tsunami dans la politique énergétique mondiale. Partout, les politiques et les peuples se mobilisent pour ou contre le nucléaire. En France, le sujet est largement traité en politique, en vue des élections présidentielles de 2012. Toutefois, la population ne semble pas vraiment avoir l’intention de s’engager, pourvu qu’elle dispose d’énergie à volonté chez elle… Plusieurs points de vue s’affrontent, mais ont du mal à entrer dans un débat et échange d’idées.
Aujourd’hui, un sondage nous livre des résultats déroutants sur l’opinion publique à propos du nucléaire: 6 Français sur 10 souhaiteraient sortir du nucléaire (source IFOP dans le JDD) ! Ceci montre donc que le débat est nécessaire, et que l’opinion publique a besoin d’informations pour se décider. A l’aube des campagnes présidentielles, le débat sur le nucléaire sera-t-il traité comme en Allemagne, ou sera-t-il ignoré ? Voici un aperçu des points de vue et arguments actuels.
“Le nucléaire est la seule solution, et puis c’est tout”
On entend en France souvent ce genre de prise de position, pro-nucléaire, et à court d’argument. Ceci est assez représentatif de l’opinion française à propos du nucléaire. Notamment dans le milieu de l’industrie et des technologies, l’énergie nucléaire est entièrement reconnue comme le modèle principal de développement énergétique, permettant de produire de l’énergie pour tous, et à bas prix. Ce que l’on regrette, c’est surtout le manque de remise en cause, et le manque d’arguments.
D’autres mettent en avant que le risque nucléaire est largement maîtrisé, notamment en France. C’était également le cas au Japon. Rappelons qu’une sécheresse risque de pousser des centrales nucléaires françaises à arrêter leur production…
“Sortir du nucléaire, par étapes”
L’autre point de vue Français, c’est qu’il faut arrêter de développer la filière nucléaire, car trop risquée. Souvent conscients que c’est impossible du jour au lendemain, ces personnes proposent de sortir en plusieurs décennies de l’utilisation du nucléaire. Toutefois, on regrette l’absence d’alternative organisée, de réel plan de développement des énergies.
Les points de vue s’affrontent donc pour ou contre le nucléaire, en France et dans le monde, en mettant pour chacun en avant l’aspect sécuritaire: celui de son confort quotidien, où celui de sa santé sur le long-terme. Une chose est vraie, l’énergie nucléaire, devient totalement indomptable dès lors que le contrôle est perdu à la suite d’un incident. Ses conséquences se paient au niveau mondial pendant des milliers d’années. A l’échelle de nos vies, les effets sont les plus dévastateurs.
L’avenir de l’énergie nucléaire mis en doute par les investisseurs eux-mêmes
Nous l’avons lu et entendu à plusieurs reprises ces derniers temps, l’énergie nucléaire est remise en cause par les investisseurs, qui semblent réfléchir à l’avenir de leurs enfants, ou plutôt de leurs portefeuilles.
Les investisseurs pensent désormais que l’énergie nucléaire présente un risque sur le long-terme, risquant de mettre à sac les investissements de toute une vie. Conscients que l’énergie nucléaire est une “énergie de transition”, ils vont se porter sur des investissements différents, qu’ils soient conventionnels (charbon, fioul) ou alternatifs (éolien, solaire). Ces énergies dite alternatives, atteignent aujourd’hui un niveau de maturité technique élevé, ce qui limite les risques d’un investissement dans le domaine.
Le charbon et le pétrole, des énergies maîtrisées
Face au nucléaire, les énergies actuelles permettant de produire en masse sont le charbon et le pétrole. Ces énergies sont maîtrisées techniquement, et ne représentent pas de risques non contrôlés à l’échelle d’une planète et sur plusieurs milliers d’années. C’est pourquoi nous pensons nous tourner vers ces énergies en tant qu’alternatives au nucléaire.
Cependant, l’argument des “carbonistes”, c’est de rappeler que les centrales à charbon et au pétrole sont fortement émettrices de CO2. Que faire alors ? Tenter le nucléaire et bannir le CO2 ? Ou faire le choix du réchauffement climatique à court-terme ? Un dilemme qui a de quoi maintenir le statu-quo…
Les énergies renouvelables semblent en dehors du débat opposant le nucléaire aux autres énergies, ou sont rapidement écartées car plus chères. En effet, ces solutions sont locales, et les économies d’échelle plus difficiles. Mais ce sont des ressources renouvelables!
Un marché de l’énergie toujours plus tendu
C’est un fait, le marché de l’énergie est de plus en plus tendu, avec l’augmentation de la demande, et la diminution des ressources naturelles. Les pays émergents sont de plus en plus demandeurs d’énergie, et les politiques d’efficacité énergétique sont limitées en effets. Plusieurs évènements accentuent les phénomènes de tension. C’est le cas notamment des actions militaires et des révolutions en pays pétroliers auxquelles nous assistons ces derniers mois. Nous l’avons immédiatement ressenti sur le prix du baril de pétrole…L’intervention de la France et des USA en Libye par exemple, ne sont pas sans effet sur l’énergie.
Ces élements de risque font augmenter le prix pétrolière sur les marchés financiers, et favorisent l’énergie nucléaire, puisqu’elle reste l’alternative économique rentable. Comme annoncé précédemment, il semblerait que ce phénomène change si l’on envisage le long-terme.
Le cas de la France: électricité nucléaire et ouverture du marché de l’énergie
Le choix de la France, lors du 1er choc pétrolier (1973), fut de développer une filière nucléaire civile afin d’assurer l’indépendance énergétique. Aujourd’hui, environ 80% de l’énergie électrique française est d’origine nucléaire. Cela a donné plusieurs avantages à la France:
- développement de leaders mondiaux dans la technologie nucléaire (AREVA, ALSTOM, EDF, etc.) aujourd’hui mis en difficulté par les nouveaux industriels émergents
- émissions de CO2 faible pour l’électricité française
De plus, la réglementation européenne amène l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence. Ce contexte fait émerger de nouvelles entreprises, pouvant adopter des modes de production d’énergie plus verts, mais semble surtout pousser à la recherche du meilleur compromis économique, et occuper les leaders à la gestion administrative du changement.
La décision de l’Allemagne, franchement différente et innovante
Très récemment, le Gouvernement allemand a pris la décision de sortir complètement du nucléaire. Angela Merkel, la Chancelière, avait déjà décrété un moratoire à la suite d’une défaite électorale, survenue après l’évènement de Fukushima. L’Allemagne, dans ce projet, sortira totalement du nucléaire d’ici 2022 en fermant ses centrales nucléaires toujours en service. Rappelons quelques élements sur l’Allemagne:
- les Allemands, touchés par la catastrophe de Tchernobyl, et forts d’une culture beaucoup plus “verte”, s’étaient fortement mobilisés contre le nucléaire. L’opinion publique est donc plutôt contre le nucléaire.
- le pays avait déjà stoppé depuis de nombreuses années le développement de la filière nucléaire
La décision prise en 2011, est fortement critiquée, car elle intervient à la veille d’élections. Au delà du populisme, c’est une décision franchement différente et innovante, puisqu’elle annonce clairement la couleur de l’avenir allemand, et envisage un développement énergetique différent.
Toutefois, les centrales allemandes, en service depuis de nombreuses années, auront pour mérite d’être fermées à temps, dont les 7 centrales arrétés en Mars, qui ne redémarreront pas. Bien sur, une taxe financera ces arrêts à raison de plus d’un milliard d’euros par an.
Certes, le pays devra importer de l’énergie, même nucléaire, de ses voisins européens. Mais cela veut aussi dire que l’Allemagne fait le choix de favoriser en masse les énergies alternatives. Le charbon, fortement présent, sera utilisé, mais également l’éolien, déjà fortement développé. Il restera à avancer encore dans la géothermie et l’énergie solaire. Des perspectives innovantes en vue, et peut-être bien un coup d’avance pour ce pays leader en ingénierie et technologie!
Politique européenne de l’énergie ?
Il n’existe pas de politique énergétique européenne, mais plusieurs directives et initiatives censés donner une direction commune à l’énergie européenne. La stratégie européenne porte aujourd’hui sur l’ouverture à la concurrence, la mise en commun des réseaux électriques dans toute l’Europe, et l’imposition d’objectifs dédiés à l’efficacité énergétique. Coté nucléaire, rien n’est fixé…
L’Allemagne, tenterait aujourd’hui de convaincre ses voisins de la suivre dans la direction de la sortie du nucléaire afin d’éviter la concurrence dans l’industrie, puisque le prix de l’énergie produit sans nucléaire serait plus cher… (source Les Echos)
Nucléaire ou CO2, l’innovation s’impose pour un monde durable!
Constatons-le ensemble, le débat sur l’énergie nucléaire est très complexe, et ne risque pas de se finir. Mais nous avons besoin aujourd’hui de réponses à nos questions qui façonneront notre avenir. La solution semble provenir surtout du changement d’une partie de notre modèle énergétique, et d’un grand travail sur nos besoins en énergie. Chaque produit que nous consommons, chaque élément qui nous apporte du confort est consommateur d’énergie. Nous devons, soit revoir nos besoins, réduire notre confort de vie, soit innover dans l’efficacité énergétique, la vraie. Ces innovations ne doivent pas être un déport de problème, mais bien une résolution, soit une diminution de consommation d’énergie sous toute forme. Le modèle nucléaire mérite d’être remis en cause, réfléchi, débattu, et les solutions durables seront apportées par l’innovation scientifique et le bon sens !
Crédits photo: Alain Bachellier
Sources: Les Echos, BFM TV, Econov’














