Reprenons notre réflexion sur le débat autour de la gestion de l’eau en France. Après notre bilan de la semaine dernière (voir article ici), voyons aujourd’hui quelles sont les solutions et les idées pour ouvrir et élargir le débat. Rangeons le canon à eau, ouvrons la fontaine à idées!

Les points à discuter ouvertement
Le débat doit aujourd’hui s’ouvrir autour d’une discussion, des discussions plus exactement. Voici les sujets qui doivent construire le débat.
Des leaders français privés ayant l’expertise de la gestion de l’eau
L’expertise des groupes français en matière d’ingénierie de l’eau est incontestable. Les entreprises sont des leaders mondiaux et développent chaque jour des procédés plus performants pour l’assainissement et la gestion des réseaux sur le long terme.
Veolia, Suez Environnement, Saur et de nombreux sous-traitants sont leaders mondiaux dans la gestion technique de l’eau, aussi bien dans la potabilisation, la distribution, et l’assainissement. Ces acteurs sont reconnus mondialement pour leur qualité d’ingénierie.
Bien d’autres entreprises françaises sont des spécialistes techniques de la production d’eau potable, l’assainissement, et l’entretien des systèmes de distribution.
Il reste à définir le rôle technique des entreprises dans la gestion de l’eau : des référents qui seraient des conseils pour les collectivités, des exécutants de travaux ? La question doit être débattue.
La gouvernance de l’eau
Les responsabilités inhérentes à la gestion de l’eau impliquent de maitriser toute la gouvernance de l’eau. C’est un point très flou aujourd’hui dans la gestion de l’eau, tant dans la production d’eau potable, la distribution, que l’assainissement des eaux usées.
Actuellement, il existe de nombreux cas où les entreprises assurent la gestion complète de l’eau, maitrise d’œuvre et maitrise d’ouvrage comprises. Cette situation empêche tout simplement la remise en question technique et financière des projets.
La question doit se poser principalement autour de la gouvernance de l’eau. Aujourd’hui, les rôles de chacun ne paraissent pas clairs: qui dispose des compétences en termes de Maîtrise d’ouvrage, de Maitrise d’œuvre, c’est-à-dire qui est responsable de la qualité du service et de la maitrise du prix de l’eau. Cette question est posée aujourd’hui par le domaine privé lui-même, avec Isabelle Kocher, Directrice Générale de La Lyonnaise des Eaux : quels sont les rôles à distribuer dans la gestion de l’eau ? Quelles limites fixer entre le public et le privé ? Toutefois le sujet ne semble pas débattu et discuté en profondeur.
Répartir les rôles du privé et du public de manière saine et claire
Comment répartir les rôles dans la gestion de l’eau ? De manière claire et limpide devrait-on dire! L’expérience montre que la répartition actuelle des responsabilités dans la gestion de l’eau n’est pas clairement définie dans les collectivités. Des entreprises qui réalisent l’ensemble des choix techniques et économiques pour les villes, d’autres chargées uniquement de la distribution de l’eau, de l’assainissement, de l’entretien des réseaux, les missions ne sont pas clairement définies selon les villes.
Chacun a probablement un rôle à jouer et des compétences spécifiques : gestion technique, gestion économique, gestion des services, etc. Discutons du rôle de chacun et construisons les ponts.
Recréer le lien avec les usagers
L’eau étant un bien public, l’ensemble de la population devrait donc se sentir concerné par la gestion de l’eau et son avenir. Chacun a son mot à dire sur la question, par la voix des urnes ou par l’engagement associatif. Etre acteur de la décision sur la gestion de l’eau pourrait responsabiliser les usagers sur les économies d’eau et le prix à payer pour une eau de qualité.
Ce point semble avoir été compris par Eau de Paris, qui a renoué avec son public depuis la gestion en régie des eaux de la Capitale en 2010. Campagnes de communication et actions menées auprès des usagers permettent d’inclure la population dans la gestion des eaux.
Le contact avec les usagers semble passer par l’accès à l’information pour tous et de manière complète. Les moyens sont donc à mettre en œuvre par les collectivités et entreprises afin de partager les informations liées à l’exploitation des ressources en eau.
Un débat Européen
La question de la gestion de l’eau se pose dans plusieurs pays au niveau européen. Des travaux de recherche réalisés à l’UNESCO mettent en évidence plusieurs cas de figures remis en question en Europe. Du modèle totalement privatisé en Angleterre, au modèle de gestion 100% public italien, espagnol ou français (dans certaines collectivités), en passant par le modèle de gestion publique déléguée en Ecosse et aux Pays-Bas. Les questions se posent autour de la fixation du prix de l’eau, l’accès à l’information et de la qualité de service.
Les expériences européennes sont donc également à prendre en compte afin de trouver un modèle d’avenir pour la gestion de l’eau en France. Profiter des retours d’expérience, discuter, débattre, tel est le besoin ressenti aujourd’hui tant par le monde public que privé. Sortons des flots de critiques non constructives, et bâtissons des ponts pour une gestion durable de l’eau.
Vous aussi, demandez le droit d’en discuter ouvertement avec tous les acteurs, qu’ils soient publics, privés, associations, ou autres, afin que la question démocratique de la gestion de l’eau soit réglée. Laissons l’ingénierie aux experts, la gestion aux gestionnaires, et préservons le droit à l’eau pour tous dans des conditions durables.
Retrouvez notre premier article sur le Débat autour de la gestion de l’eau: http://www.econov.eu/2011/ouvrons-debat-gestion-eau-point-reflexion-public-prive-veolia-suez-saur-partie-1/











